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L'histoire de la ville antique est intimement liée à sa
citadelle, dont l'emplacement détermina le choix du site et son
évolution urbaine. Le monument actuel, résultat de plusieurs
siècles de travaux de fortifications, occupe le sommet d'un éperon
rocheux (de 77m d'altitude ), parfaitement situé pour le contrôle
de la rade et l'arrière pays. Attirés par l'assurance de
ce mouillage, les carthaginois fondèrent vers le Vème siècle
av.JC, au Sud-Est de cette éminence un port fortifié qui
sera utilisé jusqu'au XVIème siècle de notre ère
par les diverses marines du pays.
Autours de ce port, en contrebas de
la colline, s'est formée une agglomération Aspis, terme
grec qui signifie bouclier, et dérivé sans nulle doute de
la forme de l'éminence qui rappelle celle du bouclier rond. La
proximité de la nouvelle cité des côtes italiennes
en fit très tôt la victime des attaques des Grecs de Sicile.
En 310 av.JC, le tyran de Syracuse : Agathocle s'empara de Kélibia
qu'il transforma en base d'opérations dirigées contre Carthage
et le reste de l'arrière pays.
Il y forma en outre un chantier
de construction navale et une forteresse qui aurait occupé le même
emplacement de la citadelle actuelle, dont le module des blocs rappelle
étrangement l'architecture militaire grecque ( dite cyclopéenne
).
La forteresse d'Agathocle, dont rien ne subsiste de nos jours, fut totalement
démantelée en 256 av.JC par les deux consuls romains Regulus
et Manilus, au cours de la première guerre romano-carthaginoise.
La fin de la 1ère " guerre punique " avait d'avantage
accentué l'importance stratégique de Kélibia. Face
aux possessions romaines du Nord, elle était la première
cible des débarquements des flottes italiennes.
A fin de prévenir de nouvelles descentes
de ces marines, les Carthaginois dotèrent l'éminence d'une
vaste forteresse; dont les vestiges sont encore identifiables au pied de
la citadelle actuelle. Outre la protection de la ville et des approches
de Carthage, l'ouvrage était également destiné à
surveiller les riches plaines du Cap-Bon, un des réservoirs agricoles
du pays.
De même, la prospérité de Kélibia, et son ouverture
sur le monde extérieur, l'exposaient aux descentes des pirates
grecs, surtout que l'île voisine de Zembra, l'antique Aegimur avait
servit de repère aux fribustiers de l'époque.
C'est
ainsi que la nouvelle citadelle devait servir de base d'opération
à la police maritime carthaginoise chargée de la protection
des ports, des routes commerciales et des populations des environs contre
la course.
Lors de la 2ème guerre romano-carthaginoise (218 - 210 av.JC)
la citadelle s'opposa avec succès aux troupes romaines conduites
par Valerius. L'excellente qualité de ses fortifications obligera
le général romain à affronter la flotte punique au
large du Cap-Bon. Au cours de la 3ème guerre romano-carthaginoise,
les Romains firent le blocus de Kélibia par la voie terrestre et
maritime (148 av.JC). Malgré la chute d'autres places-fortes,
la ville resista, grâce à sa forteresse, pendant deux ans
et ne capitula qu'en 146 av.JC l'année même de la conquête
de Carthage. Aspis paya cher sa loyauté à la métropole
punique, elle fut incendiée, pillée et détruite par
la pioche, ses environs ravagés et sa forteresse de nouveau démantelée.
Malgré la destruction de la forteresse en 146 av.JC la mise à
jour de plusieurs pans de mur ( surtout le secteur Sud-Ouest ), ainsi
que les soubassements d'une tour (de 17.5 m de front) ont permis de
restituer la tracé de la citadelle punique. Elle aurait eu un plan
grossièrement pentagonal, parfaitement adapté aux données
topographiques, six tours quadrangulaires flanquaient l'enceinte. L'appareil
des courtines, ainsi que la présence de tessons de céramique
à vernis noir, permettant de dater ces vestiges du 3ème
siècle av.JC . |